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Le chiffre qui tue

Combien de temps pour un trajet Strasbourg/Paris en TGV, telle est la question que nous avons posée aux Strasbourgeois*... Ils furent 41% à donner la bonne réponse (2h20mn), 22 % à pécher par optimisme en répondant « 2h00/2h15 », 19 % à surévaluer quelque peu le temps nécessaire (réponses : 2h30/2h45) et 16 % à nous donner des durées totalement fantaisistes : on nous a répondu 4h30 (soit 30 mn de plus que le corail de 1970 !!!) 2h00 pile (pas mal !) 1h45 (c'est déjà beaucoup plus rapide) voire 1h tout rond, ce qui laisserait soupçonner une vitesse de croisière d'environ 500 km/h... bravo !
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Un lac sous la cathédrale ?
Par Philippe Pernodet
Super flux n°10 - Décembre 2008Après nous être attaqués dans notre précédent numéro à la légende de l'hôpital fantôme, il nous faut aujourd'hui tordre le cou à une autre légende, autrement plus tenace (elle survit depuis des siècles !) : celle du fameux lac souterrain de la cathédrale.
Les fondations de la cathédrale furent entreprises en 1015, la légende commence en énonçant le fait qu'elles furent achevées le jour de la mort de l'évêque Wernher, initiateur des travaux, en 1028. L'histoire fantaisiste se poursuit en prétendant que les ouvriers durent creuser comme des damnés dans des sables mouvants jusqu'à découvrir un lac dans lequel ils enfoncèrent de gigantesques pieux (des grumes de chênes plusieurs fois centenaires) pour soutenir l'édifice.
Depuis, certains visiteurs attentifs, ne manquèrent pas d'entendre clapotis et «bruits de rames » en provenance du sous-sol. Une thèse accréditée par une anecdote datant (probablement) du 17ème siècle, date approximative à laquelle plusieurs bourgeois et étudiants « courageux » tentèrent d'explorer le prétendu lac en improvisant une expédition au départ de la cave d'une maison voisine de l'ancienne pharmacie du Cerf, toute proche de la Cathédrale. C'est à cet endroit qu'était censé s'ouvrir un conduit souterrain menant au lac mystérieux. Munis de pioches, lanternes et cordes solides, nos héros finirent par s'enfuir, effrayés par des hurlements inhumains provenant des profondeurs, certains aperçurent même, à la faible lueur de leurs lanternes, les faces monstrueuses des animaux aquatiques fantastiques, crachant fumées et poisons. Devant ce tableau épouvantable, ils s'empressèrent de refermer, avec force moellons et gravats divers, la voie de communication qu'ils avaient eu tant de peine à ménager... Une histoire à dormir debout, digne des contes de fées et de sorcières que l'on se raconte en hiver au coin du feu pour frissonner et se faire peur.
La réalité est (malheureusement) beaucoup moins extraordinaire : démarrée en 1015, les fondations furent achevées au cours du 11ème siècle (sans que l'on puisse être plus précis sur la date exacte) et leur avancement fut contrarié par l'instabilité du terrain, composé de limon et d'argile. Cette configuration particulière obligea les maîtres d'oeuvre à étayer et stabiliser avec de multiples petits pieux (probablement de l'aulne). Mais, il ne fut jamais question d'un lac souterrain, tout juste peut-on comparer l'endroit à des sables mouvants. Le dessin que nous reproduisons ici a été réalisé sous l'autorité des responsables de la Fondation de l'?uvre Notre Dame et il stigmatise parfaitement le « fossé » qui sépare la réalité de la légende. Inutile donc, de se lancer à la recherche du trésor (sans trésor, une légende est toujours moins excitante) englouti sous les flots, ou de s'imaginer pagayant comme un héros d'une aventure wagnérienne, entre les troncs gigantesques. Mais il n'y a jamais de fumée sans feu, disent les sages.
En fait, les difficultés rencontrées lors de la construction, et la surprise de se retrouver face à un terrain aussi humide marquèrent les esprits au point que, de bouche à oreille et dans l'exagération, l'histoire se colporta vraisemblablement dans la population jusqu'à aboutir à cette belle histoire. Quant aux « apprentis spéléologues » qui reculèrent devant les monstres venimeux, il est fort probable que leur expédition fut le résultat d'une soirée bien arrosée. Il y a fort à parier que c'est en fait en découvrant une triste cave vide de toute bouteille de vin, qu'ils reculèrent, épouvantés ! Et comme nous le savons tous, une brochette de fêtards est capable de raconter absolument n'importe quoi, pour justifier une nuit de beuveries. Ces alcoolos, vraiment, quelle bande de « nuisibles »!
Philippe Pernodet